Pourquoi la faim progresse-t-elle à nouveau dans le monde ?
Santé
"L'ONG Oxfam alerte avec un nouveau rapport : la faim a de nouveau beaucoup progressé dans le monde. Elle tuait « habituellement » six personnes à la minute et elle menace dorénavant onze personnes à la minute, nettement plus que la Covid-19, sept personnes à la minute... Tentons de comprendre ce phénomène et ces enjeux."
Malheureusement, on est loin d’avoir éradiqué la faimIl est toujours compliqué de mesurer l'ampleur de la faim dans le monde : il n'y a pas de guichet où les gens viennent déclarer qu'ils ont faim et, en plus, cela se situe généralement dans des pays où le moins que l'on puisse dire est qu'il n'y a pas de statistiques stables.
© Graphiques de Bruno Parmentier à partir de chiffres FAO.
Ces 850 millions de personnes qui ont faim affrontent de gros problèmes de développement physique "et intellectuel ; mais, en plus, ils sont en permanence menacés de sombrer dans une situation critique où, comme disent les journalistes, le « pronostic" vital est engagé » : crise alimentaire, famine et mort.
Malgré la Conférence de Paris et toutes les mobilisations citoyennes, la communauté internationale reste relativement indifférente et impuissante face à la montée rapide du réchauffement climatique.
Climat
En conséquence, en Amérique centrale et dans les Caraïbes, en Afrique subsaharienne et dans le Sud-Est asiatique, de nombreuses régions passent de la disette à la famine.
Les conséquences économiques et sociales considérables dues à l'épidémie de Covid-19 ont été largement contrôlées dans les pays riches par un recours massif à l'endettement et la mise en œuvre de très gros programmes de solidarité sociale.
Covid
Les circuits logistiques nationaux et internationaux d'approvisionnements de nourriture ont été fortement perturbés, ce qui a amené à un fort renchérissement des prix alimentaires, au moment même où des milliards de gens qui vivaient d'une économie plus ou moins informelle ont vu leurs revenus chuter fortement.
C'est parti pour durer, puisque ces mêmes inégalités sociales sont encore plus spectaculaires pour l'accès à la vaccination.
Grâce à elle, les pays riches espèrent pouvoir rouvrir plus ou moins rapidement l'ensemble de leur économie, tandis que les pays pauvres, qui n'y ont pas accès pour le moment, vont passer encore des années avec la désorganisation de la pandémie.
Or, si un volume adéquat de production agricole est une condition nécessaire pour lutter contre la faim, elle n'est absolument pas suffisante.
À l'inverse, on peut arriver à manger partout, même dans les zones surpeuplées ou semi désertiques.
Pour que tout le monde mange, il faut surtout de la paix sociale, un État fort, une excellente logistique, et des revenus stables pour toutes les mères de famille et les personnes isolées, toutes choses qui manquent cruellement dans de nombreux pays.
La majorité des pays du monde a besoin d'importer de la nourriture car elle n'en produit pas assez.
Mais, pour que la nourriture arrive au fin fond du dernier village isolé, il ne suffit pas de faire accoster un cargo dans le port, il faut certes de l'argent, mais aussi toute une chaîne logistique extrêmement efficace : des dockers, des douaniers, des routes carrossables, des camions, des silos, une succession d'intermédiaires qui s'abstiennent de spéculer exagérément... sans compter l'absence de pillards, de guérillas, voire de soldats incontrôlés.
Prenons conscience que, en définitive, la Covid-19 constitue certes un énorme défi pour l'humanité, mais il n'est rien à côté des deux autres : se nourrir à 10 milliards sur une Planète aux ressources limitées, affronter et réduire le réchauffement climatique.